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Bebe Ourse

The Mountain Man ou l’insaisissable Troy Knapp

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C’est une étrange histoire de cambriolages de cabanes, de survie en pleine nature, et d’un jeu de chat et de la souris.

Originaire du Michigan, Troy Knapp, 45 ans à l’époque des faits, fut arrêté en Utah en 2013 après avoir échappé à la police pendant plus de six ans. Il était recherché pour une série de cambriolages de cabanes dans les montagnes de l’Utah.

Depuis près de sept ans, l’homme des montagnes vivait sur le dos des propriétaires de la moitié du sud de l’Utah, pénétrant dans les cabanes, volant des armes à feu et de la nourriture,  et errant à pied entre 3000 et 10 000 pieds, dans une région de 9 comtés de la taille du Delaware (6450 km2) . Pays ultra sauvage, qui plus est en hiver… Du sud au nord,  le territoire de Knapp couvrait 180miles.

Le jeune Troy, à défaut d’être un bon élève n’était cependant pas un garçon dépourvu d’intelligence et de débrouillardise.

Durant son enfance, son beau-père, Bruce, un sportif accompli, lui avait enseigné les techniques de chasse et de piégeage.

Troy fut pourtant très tôt en difficulté depuis son décrochage scolaire à Kalamazoo, au Michigan, ou il finit par se faire coffrer en 1986 pendant quatre ans pour vol avec effraction. A sa sortie, il subsiste de petits boulots, vivant pendant un temps avec une petite amie, ayant une fille avec une autre, en 1995. Il fut accusé de harcèlement à Seattle en 1997, accusation qui fut finalement rejetée avec reconnaissance de préjudice. Il vécut ensuite brièvement à Salt Lake City en 1999.

En septembre 2000, il a apparemment commencé à vivre loin de la civilisation, dans le comté d’Inyo, campant près de la ville de Bishop. Là, il est arrêté pour vol de matériel dans une entreprise de déchets solides ainsi que dans une écloserie de poissons. (Le Salt Lake Tribune rapporte qu’il avait volé une paire de bottes dans le pick-up du garde de l’écloserie alors même que les autorités le recherchaient).

Puis en 2004, après avoir passé quatre années en prison, Knapp brise sa liberté conditionnelle.

Le sud de l’Utah, sa prochaine destination, ressemble beaucoup au comté d’Inyo : c’est de la haute montagne, mais aussi pleins de canyons fendus, chicaneries rocheuses et de déserts côte à côte. Un jour c’est le coup de soleil, le lendemain, des gelures.

Dans le comté d’Inyo, les Sierras tombent rapidement dans la Vallée de la Mort. Le comté avait déjà son propre « badass backcountry », on pouvait compter entre autres le bandit Ballarat, et George Robert Johnston, qui avait échappé aux forces de l’ordre pendant des années en campant et en squattant le sud-est de la Californie et l’ouest du Nevada, avant de se tirer une balle dans la tête…

Le 29 mars 2013, un homme et son fils de 15 ans, les Fuller, étaient à la recherche de bois de wapitis, du côté est d’un plateau d’une superficie de 10 000 pieds dans le comté d’Emery. En descendant une étroite piste, ils rencontrèrent un homme qui était débraillé, dans la mi quarantaine, avec une barbe grise et blonde. Il portait un sac très chargé. Son arme de poing n’était pas habituelle dans l’Utah, mais ce qui était remarquable était le fusil d’assaut qu’il portait en bandoulière.

« Le gars semblait très sympathique, ils ont parlé des niveaux d’accumulation de neige » - l’homme lui a demandé ce qu’il faisait dans le haut pays, et Knapp lui avait répondu : « je fais du camping » et quelque chose comme: « je suis un homme de la montagne ».

Ce n’est qu’un peu plus tard qu’il fit le rapprochement avec l’homme recherché et qu’il avisa des proches. L’individu qu’il avait croisé était le fameux Mountain Man, l’homme recherché par toutes les polices du sud de l’Utah depuis des années.

Au fil du temps,  avec la couverture médiatique et les affiches placardées dans toutes les stations-services,  l‘insaisissable « homme des montagnes », comme il fut surnommé, était devenu un croisement entre Big Foot et Jeremiah Johnson (un célèbre mountain man qui inspira un  film)  et suscitait la peur. Les randonneurs et les chasseurs se méfiaient et craignaient de se diriger vers le haut pays, et les familles appréhendaient de se rendre dans leurs cabanes. Les chasseurs de couguars le voyait marcher sur les crêtes avant de disparaître comme un fantôme,  un cow-boy a raconté un jour avoir rencontré un montagnard « suspect » qui chargeait son équipement sur une paire de mules. On relatait souvent des étranges feux sur la montagne la nuit au-dessus de Cedar’s City. On a même rapporté l’étrange histoire d’un chien laissé dehors la nuit qui revenait tous les jours au petit matin avec une odeur de feu de camp. Et les enfants aimaient jouer à le repérer dans les arbres.

Le fugitif avait même acquis une page Facebook, mise en place par un admirateur, remplie de poésie montagnarde et d’odes maladroites aux  hors-la-loi. Le nom d’Unabomber avait même été évoqué… D’autres ont rappelé le poseur de bombe «  Olympic Park »  Eric Rudolph, qui s’était caché pendant cinq ans dans les bois de Caroline du Nord, où il faisait les poubelles et volait les légumes des jardins pour survivre. Ou le fugitif de l’Utah Lance Leeroy Arellano, qui avait disparu dans le désert après avoir tiré sur un garde d’état en 2010.

Knapp n’avait pas d’antécédents connus de ce genre de violence, mais il commandait le respect.

L’U.S Marshal Wingert avait même déclaré : « Je pourrais prendre tous les flics de l’Utah qui sont à l’aise sur une paire de raquettes là-bas maintenant et ne pas le trouver » Wingert avait un peu eu son Billy the Kid. « Vous donnez à ce gars 1 jour et il est à 15 ou 20 miles. Il y a des gens qui peuvent survivre une soirée ou quelques jours, mais rester là où il était pendant des mois et des années, ce gars est aussi proche de Jim Bridger (un explorateur, trappeur et guide de l’Ouest américain pendant la période 1820-1840) comme nous n’en verrons jamais ». 

En été, Knapp vivait dans ses propres camps faits maison. Se nourrissant généralement de végétation, d’écureuils, et autre gibier sauvage à l’aide de pièges faits de lacets.

Au fil du temps, les rangers découvraient des bivouacs, généralement avec une bâche bleue, dans les peupliers, et des armes à feu, parfois des stocks de nourriture lyophilisée.  Plusieurs de ses camps en altitude ont été découverts par des chasseurs de couguars, chassant en terrain élevé et rocailleux. Même au-delà de 9000 pieds, ses abris étaient relativement sophistiqués, avec des portes encadrées, des roches, du bois et de la terre. (Dès le début, les enquêteurs pensaient que ces camps laissés sans surveillance pendant leurs recherches étaient laissés par des croyants apocalyptiques qui se préparaient à une sorte d’apocalypse.)

En hiver, l’homme des montagnes « campait » dans des intérieurs privés. Son mode habituel était de casser une vitre ou une porte, tourner la serrure et se laisser entrer. Parfois, il essuyait ses bottes, parfois il ne le faisait pas. Se servant de denrées alimentaires et d’alcool, dormant dans les lits, écoutant les stations locales (il volait les radios par la suite)  pour suivre les rapports erronés de ses propres déplacements…. Il faisait souvent sa vaisselle, mais ne rangeait presque jamais.

Une fois, dans la cabane d’un ancien officier de police de Las Vegas, il fit un crucifix avec des couteaux sur le lit.  A certains moments il semblait fâché contre les Mormons, une fois il perça des trous dans un portrait de Joseph Smith et déchira « Le livre des Mormons », ou encore détruisait des icônes. Mais il pouvait se montrer beaucoup plus taquin que ça, s’amusant à placer des boites de conserve derrière les tiroirs des cuisines pour qu’ils ne se referment pas, enlevant des poignées ou démontant des objets. Une fois, il fit une razzia sur un tas d’armes à feu, les étala sur une table pour finalement ne rien prendre. Une autre fois échangeant un fusil avec un autre, laissant son vieux 303 britannique contre un Remington plus « sexy ».

Et dans ses mauvais jours ou quand il avait un coup de trop, s’amusait à jouer du pistolet dans les murs ou bouchait une cheminée. Il laissait aussi des messages guillerets aux propriétaires où il les remerciait pour leur hospitalité, une fois il signa dans un livre d’or :« Troy James le Rouquin ». (Dans la dernière période de sa cavale ses comportements s'étaient aggravés,  il était souvent en colère et laissait des messages agressifs et menaçants -dont certains tracés dans la poussière- où il insultait et provoquait les enquêteurs. Un jour, il déféqua dans une casserole, selon un psychologue criminel ayant travaillé sur le cas Unabomber, c’était une sorte de signal, car l’isolement lui pesait).

Il repartait toujours avec des vêtements, des chaussures, des boites de conserve, du matériel de camping haut de gamme, des armes, de l’alcool…tout ce qui contribuait à sa survie.        

Durant toutes ces années, les hommes de loi ont chassé un fantôme.

Dès 2007, ils soupçonnaient qu’un homme pénétrait par effraction dans des propriétés sur un grand secteur, mais ne savait pas qui en plus de ne savoir où chercher. « Même quand nous avions une info, nous avions toujours une semaine de retard » avait déclaré la vice-présidente du comté de Kane.

L’homme restait collé aux crêtes, en évitant les sentiers établis, marchant sur la végétation pour ne pas laisser de piste. Il mettait même deux paires de chaussures, une paire d’espadrilles et des bottes de chasse lourdes pour minimiser ses empreintes de pas.

Jusqu’en 2012, Knapp parcourait principalement 1000 miles carrés du sud-ouest de l’Utah, depuis la frontière de l’Arizona vers le nord, jusqu’au Parc National Zion et Cedar Mountain. Il a supporté des températures inférieures à zéro en hiver, traversant de la neige profonde à des altitudes de plus de 10 000 pieds.

Et notamment survécu à un des hivers les plus froids jamais vécus à l’extérieur du pays.

Son habitat variait des forets alpines au désert peu peuplé. Il était connu pour marcher en ville dans les villes de St Georges et Cedar City, ou il se fondait parmi la population des sans-abris, faisant des trocs pour récupérer des vivres, ou encore en profitait pour appeler sa mère dans l’Idaho. Ensuite  il retournait dans la nature. (Un jour, il donna rendez-vous à ses parents en leur faisant faire un périple dans les bois). Il disparaît en été et réapparaît en automne, il est aperçu par une caméra en pleine nuit en train d’agiter les bras pour sentir l’alarme d’une cabane, dans laquelle il fait irruption en ressortant les mains vides. Il sera également vu peu de temps après par un chasseur d’élans aux abords d’un lac de montagne.

Début 2012, les enquêteurs se mettent sur sa piste lorsqu'une caméra déclenchée par des mouvements à l’extérieur d’une cabane dans le comté de Kane, capture l’image d’un homme avec des tatouages au cou et à la main, et portant une barbichette couleur gingembre. L’homme portait des vêtements de chasse en camouflage qui pendaient sur lui ainsi qu’un bonnet polaire assorti. Un fusil à verrou Remington 600, un long couteau de chasse dans une gaine de cuir, et des raquettes en aluminium violet.

Par la suite, des empreintes digitales obtenues à partir d’une fenêtre brisée lors d’un cambriolage en 2009 matchent avec celles de Troy James Knapp, alors âgé de 44 ans. Les images de Knapp sont rares. Les flics mettent la main sur des photos prises dans le comté d’Inyo en Californie en 2000. Les tatouages en mailles de chaîne sur la main de Knapp  sont assortis à celle du Mountain Man. Les enquêteurs avaient enfin réussi à mettre un nom sur leur fameux fantôme.

Au printemps 2012 la recherche de Knapp s’intensifie à l’approche de la saison touristique estivale. Les détectives soupçonnent Knapp d’errer dans les montagnes autour du parc national de Zion, de suivre les rivières, d’utiliser des téléphones publics et même de monter dans les navettes du parc pour s’approvisionner en nourriture.

Cependant, il faudra attendre la providentielle observation des Fuller père et fils ce matin du 29 mars 2013 pour leur permettre d’avoir l’avance qu’ils espéraient tant.

Le 1er avril, un groupe de travail de 50 personnes composé de sept shérifs  du comté de Sanpete, des agents de liberté conditionnelle et de probation et une demi -douzaine d’agents fédéraux de l’U.S Marshal se réunit pour élaborer des stratégies.

Ils devinèrent que c’était dans un secteur de cabanes à une douzaine de kilomètres dans une zone de haute altitude. Mais avec un total de 13 cabanes, « nous ne savions pas exactement où il était » a déclaré Scott Watson, agent du service forestier. « Nous ne pouvions pas simplement aller frapper aux portes. »

Pour aller aussi loin les agents devaient penser comme Knapp. « Il s’est déplacé souvent et rapidement à travers l’arrière-pays, couvrant 20miles en 1 jour, et ce n’était rien pour lui » a déclaré le shérif Curtis du comté de Sevier.

Ils devaient donc imaginer ou Knapp avait pu se trouver. Au cours du weekend de Pâques, des agents prirent tranquillement position sur des raquettes dans la nuit glacée. Ils pistèrent lentement Knapp pendant 3 jours sur 15 miles en suivant ses traces de raquettes.

Le lendemain matin, peu après minuit, les hommes se dirigèrent vers Ferron Canyon avec des motoneiges et 2 hélicoptères. A 10h, 40 agents prirent position autour de la zone. Il y avait près de 4 pieds de neige à une altitude de 9200 pieds.  « Une équipe, dont le shérif du comté d’Emery, avait retrouvé le lieu où se trouvait Knapp dans une des deux cabanes repérées, ils pouvaient l’entendre couper du bois pour son feu du matin » a dit Curtis. « Ils sont restés silencieux et n’ont pas fait feu - et ils avaient très froid» a déclaré Thomas.

Le plan était que l’un des hélicoptères alerte Knapp. L’équipe est donc passée inaperçue jusqu'à que l’hélicoptère fasse irruption pour faire tomber davantage d’agents d’application de la loi sur les lieux. Le premier arriva par l’est ; « quand cet oiseau au gros cul arriva par-dessus les arbres, il attrapa son fusil et tira sur l’oiseau » déclara le Marshal Wingert. Il essuya plusieurs coups de feu, et a été vu en train de recharger son fusil. Il parvient néanmoins à enfiler ses raquettes et à s’échapper dans les bois vers le sud.

Après un sprint épuisant de 100 yards, il tombe sur un shérif qui tente de lui tirer dessus, mais le rate. Knapp se rue vers le nord ou il se heurte finalement à une ligne d'officiers. Éreinté, et se rendant compte qu’il est complètement cerné, il pose son fusil à terre : « vous m’avez eu, bon boulot» et « vous avez eu de la chance, j’allais déménager demain ». Curtis déclara que malgré son style de vie, Knapp semblait être en forme et en bonne santé.

Les autorités du comté de Sanpete lui ont offert une douche et une combinaison rayée. Il a mangé de la pizza avec les officiers qui l’ont appréhendé et ri avec eux. Ils ont ensuite sorti les cartes et ont laissé Knapp tracer des lignes sur tous les endroits où il avait été.

En garde à vue, Knapp raconte aux autorités comment il a réussi à leur échapper pendant si longtemps dans une région montagneuse qui s’étend sur 180 miles. « Il a vraiment une histoire fascinante à raconter, et maintenant il est prêt à la raconter » a déclaré le shérif du comté de Sanpete Brian Nelson. Knapp leur a notamment dit : « qu’il ne servait à rien d’essayer de distancer les chiens, il fallait dépasser les gestionnaires ». Bien que les autorités aient déclaré que Knapp ne faisait jamais de mal à personne, son omniprésence persistante avait fait peur aux propriétaires de cabanes.

« C’est vraiment agréable de savoir que nous n’aurons plus le stress de nous inquiéter où il va frapper ensuite » a déclaré Curtis.

Certains des hommes ayant participé à la chasse à l’homme ne pensaient pas que Knapp essayait réellement de tirer sur l’hélicoptère avec son fusil. Ils aimaient aussi parler avec lui, et bien qu’il soit devenu l’ennemi public numéro 1 du sud de l’Utah, une partie d’entre eux l’admirait.

En fin de compte, la chasse à l’homme a alimenté le mythe. Les habitants se demandaient comment quelqu’un avait pu échapper à un hélicoptère équipé de technologie infrarouge et 30 hommes à pied…

Wingert, lui, déclare que s’ils avaient du mal à mettre la main sur des cartels, il était dur de retrouver quelqu’un qui n’avait pas envie d’être retrouvé.

Mais Knapp sembla en paix avec sa capture. Sur des photos de lui derrière les fils barbelés, il semblait soulagé, souriant même parfois. Il déclara qu’il était fatigué de tout cela, qu’il vieillissait et que les hivers se refroidissaient. Et qu’il ne détestait pas les gens, mais qu’il n’aimait pas particulièrement vivre avec eux. Il a aussi mentionné Robin des bois, en soulignant qu’il avait simplement utilisé des ressources- nourriture, bois de chauffage, armes à feu- qui n’étaient pas utilisées.

Le Mountain Man fut jugé le 09 juin 2014. Il plaida coupable pour tous les chefs d’accusation, et ne souhaita pas s’exprimer à la fin de son procès. Il pourra retrouver la liberté en 2024, et purge actuellement sa peine dans une prison fédérale à Sanpete.

Les autorités disent que les motifs de Knapp n’ont jamais été clairs, mais ont spéculé qu’il en avait marre de la civilisation.

 « J’envie les paysages qu’il a vus, les couchers de soleil et les animaux » a déclaré Curtis. « Je parie qu’il a vu des choses que la plupart des gens ne verront jamais ».

 

 

(Source: traduit et réécrit du site outsideonline.com)

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