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Des témoignages et des documents inédits sur 40 ans d’opérations extérieures menées par l’armée de Terre

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http://www.opex360.com/2018/09/16/temoignages-documents-inedits-40-ans-doperations-exterieures-menees-larmee-de-terre/

 

Le point de situation du 22 décembre 2016 publié par l’État-major des armées (EMA) donna le bilan d’une opération menée par le Groupement tactique Désert (GTD « Ardent », armé à l’époque par le 152e Régiment d’Infanterie) dans le secteur de Boughessa-Tin Zaouaten, dans l’Adrar des Ifoghas (Nord-Mali). Ainsi, il fut fait état de la « saisie d’armes […]

Mais ce compte-rendu ne précisa pas que Boughessa, localité située dans l’Adrar des Ifoghas, était un repaire important du groupe jihadiste Ansar Dine. D’où la planification de cette opération, qui mobilisa 150 véhicules et 600 militaires de la force Barkhane.

Début décembre, à quelques jours du lancement de cette opération, dont les préparatifs ne pouvaient passer inaperçus, Kidal bruissait de rumeurs au sujet d’une prochaine attaque. D’où le dilemme pour l’état-major français : rester au camp « Vieil Armand », attenant à la ville et permettre à Ansar Dine de garder sa liberté de manoeuvre ou bien laisser la cité sans défense? Finalement, décision fut prise de neutraliser le groupe jihadiste. Ou du moins la zone d’où il opérait alors.

Dans un premier temps, un sous-groupement commandé par le capitaine « Olivier » et le train de combat n°2 du capitaine « Philippe » partirent rejoindre le poste avancé d’Abeïbera, au coeur de l’Adrar des Ifoghas. Quelques heures à peine après leur départ, l’un des deux C-160 Gabriel de l’armée de l’Air, spécialisé dans le recueil du renseignement électronique, détecta une forte hausse des communications entre jihadistes, signe que les mouvements des deux sous-groupements étaient surveillés, ce qui laissait craindre une embuscade.

Puis des unités commandées par le capitaine « Stanislas » et le capitaine « Julien » s’élancèrent respectivement de Tessalit vers l’est et d’Abeïbera vers le nord. « Il s’agit de donner l’impression que le GTD Ardent renouvelle deux opérations de faible portée. Des bombardements ciblés contribuent à cette opération de déception. Mais en vérité, une fois ces objectifs franchis, les sous-groupements tactiques poursuivent leur raid blindé vers l’objectif réel, Boughessa », raconte le colonel François-Régis Dabas, chef de corps du GTD Ardent Quinze-Deux.

Dans le même temps, des groupes de combat furent héliportés sur des points d’intérêt afin de faciliter l’avancée du raid blindé tandis que des hélicoptères d’attaque Tigre interdisaient la route de la frontière algérienne.

« Le sous-groupement du capitaine « Julien », durement éprouvé par plusieurs attaques précédentes, avance avec toute la prudence nécessaire. Cela prend du temps », relate le colonel Dabas. Et lors d’un bivouac de nuit, des jihadistes tentèrent de s’infiltrer pour poser des mines sur la piste que devaient emprunter les militaires français.

Finalement, les deux sous-groupements approchèrent de Boughessa par l’ouest et le sud. « Le véritable objectif dévoilé, les jihadistes ont dû comprendre, la menace est encore plus forte », constate le colonel Dabas, sans plus de précisions.

Toujours est-il que l’un des objectifs de l’opération fut atteint. La fouille méthodique de Boughessa prit une journée. Elle permit de collecter une somme importante de documents (donc de renseignements) et de saisir une « multitude » d’équipements, d’armes, de munitions et d’explosifs. Quant aux jihadistes, ils « semblent absent » se rappelle le colonel Dabas.

En réalité, ils étaient ailleurs, du moins pour une partie. Alors que les militaires français investissaient Boughessa, un véhicule de l’avant-blindé (VAB) sautait sur une mine, de même que, à Kidal, un véhicule de la Mission des Nations unies au Mali (MINUSMA), le camp de Tessalit était attaqué par des tirs de Chicom et une patrouille du GTD Ardent fut la cible d’une « attaque coordonnée ».

« Le message est assez explicite : Ansar Dine menace directement les bases de départ du GTD Ardent pour faire cesser l’opération au nord », relève le colonel Dabas.

Pour autant, cela ne remit pas en cause l’opération. Après Boughessa, un premier sous-groupement continua, avec l’appui d’hélicoptères, sa progression vers Tin Zaouaten qu’il gagna dans les délais, « provoquant la surprise des Touareg du MNLA [Mouvement national de libération de l’Azawad]. Pendant ce temps, un second sous-groupement entama un « ratissage » entre Boughessa et la frontière algérienne. Ce dernier dut faire entrer ses mortiers en action après avoir repéré des jihadistes sur une ligne de crète.

« La présence ostensible des soldats de Barkhane a maintenu également une pression sur les groupes terroristes en leur démontrant qu’il n’existait pas de zone refuge dans la bande sahélo-saharienne », relatera sobrement, quelques jours plus tard, l’EMA, dans son compte-rendu hebdomadaire.

Ce témoignage d’un colonel Dabas fait partie de ceux, tout autant inédits, qu’ont recueillis le colonel Gilles Haberey et le lieutenant-colonel Rémi Scarpa, pour les besoins du livre « Engagés pour la France : 40 ans d’OPEX« , publié par les Éditions Pierre de Taillac.

En réalité, ce superbe ouvrage n’est pas seulement un livre. Avec une centaine de témoignages, parfois émouvant, comme celui du major David T. blessé au Liban en 2009, une trentaine de cartes et 500 photographies rares ou inédites, il s’agit d’un hommage aux militaires français qui, depuis plus de 40 ans, risquent leur vie au service de la France et de ses valeurs, de Sarajevo au Levant, en passant par les sables du Sahel et les montagnes afghanes.

« Les hommes et les femmes qui sont déployés en opérations extérieures sous nos couleurs sont les mêmes soldats de France, par le sang reçu ou le sang versé, que ceux qui les ont précédés. Les contrées, les combats, les équipements sont différents. Mais l’abnégation et le courage sont identiques. Ils inscrivent leur action dans ce code du soldat dont l’article premier fixe le cadre immuable : ‘Au service de la France, le soldat lui est entièrement dévoué, en tout temps et en tout lieu' », résument les deux auteurs.

Référence : Engagés pour la France : 40 ans d’OPEX, 100 témoignages inédits – Colonel Gilles Haberey et lieutenant-colonel Rémi Scarpa – Éditions Pierre de Taillac – 39,90 euros / Disponible via Amazon ou le site de l’éditeur.

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