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Loris

À l’entraînement avec les forces spéciales françaises

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https://www.la-croix.com/France/A-lentrainement-forces-speciales-francaises-2020-10-17-1201119960

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Reportage

Au cours d’un exercice annuel de trois semaines, les forces spéciales de l’armée de terre ont multiplié les opérations de préparation à une guerre de haute intensité. Ces soldats d’élite s’exercent dans des conditions similaires à des théâtres extérieurs, selon différents scénarios.

Un rouge-gorge s’échappe au ras du sol. Au creux d’un talus, entre les branchages, sur un épais tapis de feuilles de chêne, la bâche de camouflage se fond dans l’environnement de la forêt. Dissimulé de la tête aux pieds, dans une combinaison d’un même ton sur ton de vert, marron et noir, son occupant est enfoui, invisible.

Depuis quarante-huit heures, sous une pluie continue, le sergent-chef Alexis, membre du 13e régiment de dragons parachutistes (13e RDP), observe et écoute, sans bouger, les mouvements et les bruits. Il n’a dormi qu’une demi-heure. Il pourrait rester une dizaine de jours si la mission l’exigeait, avec l’eau, les rations et les munitions nécessaires.

Équipé de jumelles de vision nocturne, d’une radio, d’un ordinateur capable de résister à la pluie de la Creuse comme à la poussière du désert, armé d’un pistolet semi-automatique et d’une mitrailleuse, il a appris à être furtif. « On a une mission hors du commun, au plus près de l’ennemi. Notre but, c’est de mettre un dispositif de surveillance itinérant, avec une cellule qui bouge discrètement, pour pouvoir faire des prises de vues », explique ce parachutiste rodé au largage à très grande hauteur. Il est déjà parti sept fois en opérations, principalement au Sahel.

 

Opération de renseignements

Ce jour-là, au-dessus du lac de Bort-les-Orgues (Corrèze), il s’est infiltré de nuit, pour une opération de renseignements sur « la possible présence d’une personnalité d’intérêt », le chef d’une cellule terroriste.

En réalité, le jeune sous-officier participe à l’exercice annuel « Gorgones », réunissant les unités de forces spéciales de l’armée de terre : le 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (1er RPIMa), héritier des SAS de la France libre, spécialisé dans le contre-terrorisme et la libération d’otages ; le 13e RDP, expert du renseignement ; et le 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales (4e RHFS), maître en aérocombat.

La compagnie de commandement et de transmissions des forces spéciales (CCT FS) et un groupe d’appui composé d’experts, analystes d’images, médecins, démineurs, conseillers en risque nucléaire, radiologique, biologique et chimique (NRBC) les accompagnent, ainsi qu’un groupe de forces spéciales belges et des « bérets verts » américains. « On essaie de mixer le plus possible les unités d’action. Cela permet de travailler entre alliés », souligne le colonel Vincent, chef d’état-major du commandement des forces spéciales terre.

 

Un scénario « ukrainien »

Dans un rayon de 120 à 150 kilomètres autour du camp de La Courtine (Creuse), cette force de 400 militaires s’entraîne dans des conditions similaires à celles des théâtres extérieurs. Le scénario est celui d’un conflit « un peu ukrainien », expliquent les officiers. « De type Donbass ou Crimée », « avec un ennemi qui a les mêmes forces que nous, si ce n’est plus, et avec des” petits hommes verts” », surnom donné par les Ukrainiens aux soldats russes infiltrés. « Le thème est celui du durcissement des engagements. L’environnement est de plus en plus disputé », affirme le général Bruno Baratz, commandant des forces spéciales terre.

Le scénario colle à la vision stratégique du chef d’état-major de l’armée de terre, le général Thierry Burkhard, pour qui il faut « réapprendre la grammaire de la guerre de haute intensité ». Cela signifie que l’ennemi pourrait ne plus être seulement asymétrique, comme les groupes terroristes au Mali, mais aussi symétrique, comme l’armée conventionnelle d’une puissance, capable de contester la supériorité aérienne française ou de mener des actions dans « les champs immatériels » par des cyberattaques ou une guerre informationnelle.

 

Se préparer aux nouvelles menaces

Le poste de commandement déployé pour l’exercice « Gorgones » se prépare à ces nouvelles menaces. « Un gros effort a été mis sur la sécurité et la protection des systèmes d’information. On a joué une prise d’otages avec une limitation des moyens du PC, qui l’a obligé à mettre davantage de moyens humains sur le terrain », précise le colonel Vincent. Sous la tente du PC, plusieurs écrans permettent de suivre les opérations de manière instantanée et permanente. De petits points bleus géolocalisent la position des équipiers de recherche en phase de surveillance.

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Sous une tente voisine, une dizaine de jeunes analystes et géographes interprètent les prises de vues aériennes. Ce sont eux qui ont réceptionné les rapports envoyés, par satellite ou ondes UHF (ultra-haute fréquence), par le sergent-chef Alexis du 13e RDP. Sur leurs écrans, les enquêteurs cherchent des indices et orientent leurs capteurs, radar ou drone, pour prospecter davantage. « C’est le réacteur de la task force, un endroit où on travaille sept jours sur sept, et vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pour récolter le renseignement », dit le commandant Mathieu.

Enchaînement d’opérations

Sur le terrain, les soldats des forces spéciales enchaînent les opérations dans différentes situations : libération d’otages sur le terrain de rugby de Brive (Corrèze) ; action en milieu urbain dans un collège désaffecté de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), avec la capture d’un capitaine ; ou prise d’otages de masse, avec une contamination NRBC, dans un train près de Vichy (Allier). Ils se préparent à intervenir dans tous les milieux, hôtels ou centres commerciaux, y compris sur le territoire français si le président de la République le décidait.

Âgés de 33 ans en moyenne, ces militaires formés longuement, éprouvent leurs techniques d’infiltration et testent de nouvelles procédures tactiques et de nouveaux matériels. « On découvre de nouveaux modes opératoires, explique le capitaine Pierre, membre du 1er RPIMa. L’objectif est de se préparer au combat face à une armée étatique ». Chef d’un groupe d’une centaine de commandos « aux gros caractères », il décrit l’excellence de ces troupes d’élite : « L’ouverture d’esprit, l’adaptabilité, l’autonomie. »« Ce sont les seules unités capables de rivaliser avec les forces spéciales américaines sur un spectre large d’opérations », estime-t-il.

 

Un aumonier en treillis

Parmi ces caractères d’acier se dresse une figure singulière et attachante. Le « Padre » des forces spéciales terre, le père Étienne, participe lui aussi à l’exercice, de la messe à 7 h 30 aux séances de sport et de saut en parachute. Il est un capteur du moral de la troupe. « Je suis un aumônier en treillis et non armé. Parce que je partage leur quotidien, ils viennent chercher un dialogue éclairant, qui ne soit pas jugeant. J’ai un rôle de confident et de conseil au commandement général, de messager. »

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Dehors, la nuit tombe et quatre groupes d’équipiers, des Français, Belges et Américains, préparent leur équipement. Ils s’apprêtent à former une colonne d’assaut. Leur cible est une cellule terroriste cachée au bord du lac de Bort-les-Orgues, qui possède du matériel radiologique et chimique. Les tireurs de précision ont répété jusqu’à « mécaniser » leurs gestes. Ils vont utiliser des munitions d’entraînement appelées « simunitions » pour gagner en réalisme. Cela signifie que leur arme n’est pas létale mais provoque un fort impact. Ce soir-là, dans l’obscurité, l’objectif de « neutralisation » est atteint en trente minutes.

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Des unités terre, air et mer

Un commandement centralisé. Depuis 1992, après la guerre du Golfe, les forces spéciales sont rassemblées sous le commandement des opérations spéciales (COS), qui est placé sous les ordres du chef d’état-major des armées et l’autorité directe du président de la République.

Les trois composantes de l’armée. Les soldats des forces spéciales sont 2 600 dans l’armée de terre, 900 dans l’armée de l’air et 650 dans la marine nationale. Outre les trois régiments terre situés à Bayonne, Pau et Souge, il s’agit de sept unités de commandos marine – dont le commando Hubert basé à Saint-Mandrier, les autres étant à Lorient – et de deux unités de l’air, le commando parachutiste de l’air numéro 10 et l’escadron de transport 3/61 Poitou,
sur la base d’Orléans-Bricy.

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