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Derrière le MCO des parcs d’entraînement, un partenariat inédit entre Nexter et l’armée de Terre


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Voici plus d’une décennie que Nexter et l’armée de Terre ont mis en place un partenariat industriel d’un nouveau genre pour la maintenance des parcs d’entraînement. Un modèle qui a depuis fait ses preuves et continue de se développer au gré des marchés et des avancées technologiques. Exemple avec le parc d’entraînement Champagne (PE-C), soutenu au profit du Centre d’entraînement interarmes et du soutien logistique – 51e régiment d’infanterie (CENTIAL-51e RI) de Mourmelon.

https://www.forcesoperations.com/wp-content/uploads/2021/03/NEXTER_CENTIAL.mp4

Héritier par filiation du régiment de la Sarre, le CENTIAL-51e RI est le chef d’orchestre de l’un des plus grands espaces de manœuvre de l’armée de Terre : les camps de Mourmelon, de Suippes et de Moronvilliers. Ses missions ? Appuyer l’instruction et la préparation opérationnelle interarmes (POIA) des forces terrestres. Le CENTIAL-51e RI dispose pour cela d’infrastructures opérationnelles diverses, d’une capacité d’hébergement de plus de 3 500 lits, de zones de bivouac en condition dégradée, sans compter les 25 000 hectares dédiés à l’entraînement qui représentent un tiers du foncier de la Zone Terre Nord-Est (ZTNE).

 

À la fois « Ibis » et « Avis », le CENTIAL-51e est également chargé de l’entretien et de la mise à disposition des matériels roulants constituant le parc d’entraînement Champagne (PE-C). Premier parc permanent de l’armée de Terre, celui-ci rassemble aujourd’hui environ 480 véhicules blindés pour une valeur globale d’un milliard d’euros. Seule l’opération Barkhane, avec ses 280 blindés lourds et 220 blindés légers, parvient à le dépasser. « Je dispose de plus de chars que dans un régiment de cavalerie, plus de VBCI que dans un régiment d’infanterie, et ainsi de suite pour de nombreuses flottes », souligne le colonel Jean-Charles Sansguilhem, chef de corps du CENTIAL-51e RI.

 

S’il est si vaste, c’est que ce PE-C est dimensionné pour soutenir la préparation opérationnelle, non seulement à Mourmelon, Suippes et Moronvilliers, mais aussi au CENZUB-94e RI de Sissonne et au CENTAC-1er BCP de Mailly-le-Camp. « Aujourd’hui, une brigade ne peut pas s’entraîner uniquement avec son matériel propre. Elle a besoin du parc d’entraînement pour compléter sa dotation », explique le colonel Sansguilhem.

 

C’est notamment le cas des unités qui viennent en Champagne pour être contrôlées. Celles-ci doivent alors adopter une structure organique complète qui nécessite davantage de moyens matériels. Les contrôles peuvent parfois se chevaucher, avec des unités interarmes présentes simultanément aux CENTAC, CENTIAL et CENZUB, et « à qui il faut pouvoir fournir un maximum de moyens ».

 

La gestion du PE-C et la planification de la maintenance du parc en service permanent (PSP) des unités ont été confiées au CENTIAL-51eRI, lui-même sous les ordres du commandement de l’entraînement et des écoles du combat interarmes (COME2CIA), par délégation du commandement des forces terrestres. C’est ici que les équipes de Nexter entrent en piste.

 
Le-soutien-des-parcs-dentrai%CC%82nement Dans le bâtiment Leclerc, construit à l’origine pour l’AMX-30
 

Une décennie de partenariat industriel

 

L’aventure de Nexter à Mourmelon démarre il y a près de 10 ans. À l’époque, l’armée de Terre finit d’implémenter sa nouvelle politique d’emploi et de gestion des parcs (PEGP), aboutissant à la création du PE-C. Le rythme de préparation s’étant accru, en parallèle à celui des engagements en OPEX, le maintien d’un taux élevé de disponibilité technico-opérationnelle (DTO) incite alors l’armée de Terre à associer davantage l’industriel aux activités de maintenance. En 2009, premièrement avec le parc d’entraînement Provence de Canjuers (Var), l’armée de Terre et Nexter posent la première pierre d’un partenariat industriel inédit. Le char Leclerc devient la première plateforme concernée par cette bascule.

 

Les cibles de ce marché de soutien en service (MSS) ?

  • réaliser les opérations de maintenance préventive (50%) et curative (50%) pour régénérer le potentiel de vie de chaque véhicule ;
  • mettre à disposition les véhicules requis pour les POIA ;
  • fournir le soutien en exercice ;
  • enfin, effectuer la réintégration post-entraînement.
 

L’ensemble doit assurer une disponibilité de 100% en exercice et de 75% en général, hors véhicules victimes d’une grosse casse. Ces arbitrages contractuels exigent une très grande réactivité de la part de l’entreprise, qui dispose ainsi d’un maximum de trois heures pour livrer une pièce à l’unité qui en émet le besoin et de 24 heures pour dépanner et/ou remplacer un véhicule sur le terrain de manœuvre. Nexter a dès lors rapidement pris le pli de préparer davantage de véhicules que requis par l’unité en exercice.

 

Particulièrement élevé, le niveau d’exigence a incité l’industriel à mettre en place de nouveaux modèles de maintenance, à innover et à investir dans de nouvelles infrastructures et dans un outillage spécialisé. Nexter a dû également assimiler les indicateurs de gestion définis par la SIMMT pour mesurer l’état de santé et le niveau de performance de chaque équipement. À l’automne dernier, la centaine de VBCI du PE-C avaient ainsi parcouru près de 680 000 km et tirés 108 000 munitions de 25 mm au cours de 216 exercices réalisés depuis 2012.

 

L’établissement d’un tel partenariat in situ fournit avant tout une « véritable proximité qui rend service », estime-t-on du côté du CENTIAL-51e RI. Ce voisinage direct facilite le dialogue et l’acculturation aux procédures militaires, étape nécessaire pour s’insérer naturellement dans le cycle des POIA. Nexter peut compter sur une « interface » permanente : le bureau de gestion des parcs (BGP) du CENTIAL. Celui-ci reçoit les directives du COME2CIA, lui-aussi basé à Mourmelon et responsable de la programmation et de l’attribution des moyens. À charge du BGP d’ensuite traduire ces grands principes en objectifs matériels et temporels qui seront discutés avec le 8e RMAT et Nexter.

 

La formule adoptée s’avère rapidement gagnante et, au gré des marchés MSS, le soutien des VBCI, CAESAR et AMX-10RCR est progressivement transféré à l’industriel, qui gère à présent près de la moitié du PE-C*. D’une poignée de techniciens à l’origine, l’équipe Nexter comprend aujourd’hui 60 employés répartis sur trois ateliers principaux : l’un consacré au Leclerc et hérité d’un bâtiment construit dans les années 1990 pour l’AMX-30, un autre aux AMX-10RCR et le dernier, sorti de terre en 2012, aux VBCI et CAESAR.

 
Le-soutien-des-parcs-dentrai%CC%82nement Quelques uns des 99 VBCI que Nexter entretient entre deux exercices parmi les camps de Champagne
 

À l’épreuve du Covid-19

 

Bien que le contrat soit très formalisé, Nexter fait preuve d’une flexibilité suffisante pour répondre à certains imprévus spécifiques exprimés par le client armée de Terre. Il s’agit souvent d’imprévus limités requérant un effort ponctuel, comme lorsqu’il a fallu, à la Noël 2019, préparer trois VBCI en urgence pour un départ en OPEX. Quand cela arrive, « on nous demande de faire un effort, et c’est le jeu de nos maintenanciers que de parvenir de temps en temps à aller au-delà des seuils traditionnels », explique Nexter.

 

Mais Nexter est aussi soumis à des situations plus critiques, comme lorsqu’éclate une crise sanitaire synonyme de déstabilisation du calendrier de POIA. La 9e brigade d’infanterie de marine (9e BIMa) démarre alors à peine un exercice d’entraînement brigade (EEB) de trois mois. Le mot d’ordre est venu de la ministre des Armées en personne dans les premiers jours de la crise : il faut à tout prix maintenir les activités de MCO. « On n’a pas connu le confinement », précise-t-on du côté de Nexter.

 

Le principe retenu, dès l’origine par le CEMAT, est que ce qui n’a pu être joué ne serait pas rattrapé à tout prix. « Le but était de donner la possibilité de le faire sans se fixer une programmation impossible », indique le CENTIAL-51e RI. Il faut dès lors consentir à une part de dette fonctionnelle mais sans toucher à la mise en condition pré-projection, avec une priorité absolue aux unités en besoin immédiat.

 

Hormis l’adoption immédiate des gestes barrières, Nexter a dû établir des mesures spécifiques à sa mission. Au début, cela s’est traduit par une immobilisation pendant 48 heures des véhicules (après restitution), période tampon qui ne s’est pas avérée gênante opérationnellement. Depuis, cette étape intermédiaire a été gommée et la récupération des véhicules se fait comme avant grâce à l’ajout d’une étape de désinfection.

 

« Nous n’avons jamais arrêté de mettre des matériels à disposition puisque nous avions des impératifs à couvrir. Nous avons même eu des activités supplémentaires parce que, dans certains secteurs, le confinement générait de vraies difficultés à mener des activités de préparation opérationnelle. D’où des besoins pour des matériels supplémentaires auxquels Nexter a répondu favorablement », souligne le CENTIAL. Ce dernier aura, entre autres, dû composer avec un contrôle d’unité imprévu au CETIA de Suippes pour le 92e régiment d’infanterie. « On a joué sur la souplesse caractéristique de nos équipes pour maintenir les cadences », indique Nexter.

 
Le-soutien-des-parcs-dentrai%CC%82nement À l’intérieur du bâtiment VBCI-CAESAR, sorti de terre en 2012 et situé à deux pas du 8e RMAT
 

Des pistes pour l’avenir

 

Entre le dialogue quotidien, l’adaptation des objectifs, la réactivité et la transparence adoptés par l’industriel, ce partenariat est d’emblée paramétré pour tenir compte des transformations annoncées par la prise en compte de la haute intensité dans le cycle de POIA et par l’arrivée des matériels Scorpion.

 

Dévoilée au printemps dernier, la Vision stratégique du CEMAT pour 2035 prône un retour à une préparation opérationnelle orientée vers le combat de haute intensité, avec pour conséquence des rotations qui se durcissent « en contrôle et en évaluation des tirs » et des matériels « qu’on imaginera plus sollicités dans la durée et sans doute des matériels qui sortiront d’une phase d’EEB un peu plus abîmés », estime le chef de corps du CENTIAL. Les engins fonctionnent à l’horamètre, donc au nombre d’heures de mise à disposition. La haute intensité étant synonyme d’un combat plus long dans le temps, d’un volume horaire plus significatif, le maintien du potentiel de vie des engins n’en sera que plus essentiel.

 

L’activité de régénération pourrait en cela être aidée par l’arrivée de la maintenance prédictive. Celle-ci reposera sur une capacité de recueil et d’exploitation des données générées par les puces RFID et capteurs « de santé » de type HUMS installés sur les matériels. Exploitées à l’aide du big data et de l’intelligence artificielle, les données récoltées fourniront un diagnostic individualisé et en temps réel de chaque engin. Pour l’instant au stade de l’expérimentation, la maintenance prédictive est l’objet de discussions soutenues entre Nexter et la SIMMT, avec une bascule qui pourrait intervenir à l’horizon 2025 avec Scorpion et, plus tard, avec Titan.

 

En attendant ces briques futures, Nexter mise sur de nouveaux outils numériques directement accessibles. Exit les « bottins » de la documentation technique utilisateur (DTU), celle-ci est désormais numérisée au sein d’une borne mobile disposée à proximité des travées de réparation de ses ateliers de Mourmelon. En fin d’année 2020, Nexter a en outre commencé à doter ses maintenanciers de nouvelles tablettes tactiles. Chacun dispose maintenant de toute la DTU nécessaire sur son poste de travail et peut encoder en direct les données de l’acte de maintenance. Comparables aux tablettes ICAR et bornes DEDAL adoptées par la SIMMT, ces deux outils assureront un gain de temps et d’ergonomie, des actions de maintenance facilitées et un partage des données plus fiable, non seulement au sein de Nexter mais aussi avec les maintenanciers militaires.

 

Le CENTIAL-51e RI et son PE-C seront grandement concernés par le programme Scorpion. Jusqu’à présent limitée au Griffon, la présence d’équipements de nouvelle génération ira croissante. Le régiment devrait dans un premier temps disposer d’une trentaine de Griffon, dont une quinzaine sont déjà en dotation. Ces derniers remplaceront, avec les VAB Ultima et les futurs Serval, une majorité des 103 VAB du PE-C.

 

Le principe retenu voudrait que le PSP Scorpion des régiments prime et que les véhicules Scorpion du PE-C soient surtout mis à disposition des forces à des fins de qualification ou de remise à niveau. Ce devrait être aussi le cas pour le Jaguar, dont le positionnement dans le PE-C n’a pas encore été établi. Dans l’immédiat, la logique qui prévaut est celle d’une répartition des 300 exemplaires entre les différents régiments de cavalerie. Le CENTIAL-51e RI jouera également un rôle clef vis-à-vis du Serval, conçu par Nexter en co-traitance avec Texelis. Le régiment sera le centre de formation et de perception unique de ce véhicule, partageant ainsi cette charge avec le 1er RCA de Canjuers, CFPU « historique » des matériels de l’armée de Terre. Près de 2 000 exemplaires transiteront par Mourmelon. Autant de véhicules qu’il faudra entretenir à l’issue des activités de formation.

 

La montée en puissance de Scorpion coïncide par ailleurs avec un rééquilibrage de l’activité de régénération au profit des opérateurs privés. De 27% en 2019, la part de charge confiée aux industriels atteindra 40% en 2024. Reste que le volet soutien du programme Scorpion n’a pas encore fait l’objet d’une contractualisation, les engins étant placés sous garantie durant leurs premières années de vie. Au CENTIAL-51e RI, les actions de maintenance sur le Griffon sont donc réalisées par le 8e RMAT. À terme, cette tâche sera confiée à l’une des entreprises des GME EBMR et Serval. Nul doute que Nexter, de par la relation de confiance établie depuis une décennie à Mourmelon, aura alors une solide carte à jouer.

 

*À l’heure où nous écrivons ces lignes, cinq CAESAR, 56 Leclerc et deux DCL, 40 AMX-10 RC et 99 VBCI.

 

Ya Rab Yeshua.

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