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Entre combat souterrain et ferme isolée, le camp des Garrigues sur la voie de la haute intensité


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Adapter les capacités d’entraînement pour la haute intensité, c’est l’un des 16 projets contenus dans la Vision stratégique du chef d’état-major de l’armée de Terre et la raison de la transformation du camp des Garrigues, dans le Gard.

Un espace d’entraînement dont le 2e régiment étranger d’infanterie (2e REI) exploite, entre autres, les caractéristiques naturelles pour créer une capacité unique de combat en zone souterraine.

 

Exploiter le sous-sol gardois

Se préparer à combattre sous terre, l’armée de Terre le fait depuis un moment. Dernièrement, le Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine (CENZUB) de Sissonne s’est doté d’un « complexe d’entraînement au combat en espace clos » (CECEC). Un outil que l’on retrouve à moindre échelle ailleurs, mais néanmoins limitée en taille et proche de la surface.
 

Voici plus d’un an que le 2e REI « creuse » davantage le sujet et a choisi d’innover en tirant profit du sous-sol du camp des Garrigues, véritable « gruyère » parsemé de cavités naturelles. « Nous sommes un camp moyen, mais résolument tourné vers l’innovation », entame le commandant Michel du 2e REI, à la tête du détachement (COMDET) chargé de la gestion du camp.

« Nous souhaitons offrir l’opportunité de faire du combat en grotte, comme cela s’est passé en Afghanistan et peut se passer aujourd’hui au Mali ou dans d’autres pays », commente le commandant Michel. Le tir est cependant proscrit. Il s’agit surtout d’initier à la progression en milieu souterrain, un cas de figure parfois mal vécu par certains personnels souffrant de claustrophobie. « Or, un militaire se sentant mal à l’aise dans cet environnement perd en réactivité et donc en capacité de survie et de neutralisation d’un ennemi ».
 

« Pas du combat en cave »

Le commandant Michel insiste, ce n’est « pas du combat en cave. Ce n’est pas du tout la même appréhension ». Comparée aux constructions artificielles généralement proches de la surface, la grotte amène le soldat à progresser jusqu’à une profondeur de 50 mètres. Elle le soumet à un isolement presque total et à l’inconnu d’un espace non-construit aux caractéristiques propres de température, d’hygrométrie, de luminosité, forcément, ou encore d’acoustique.
 

Rien, dans ce milieu, n’est structuré pour faciliter l’activité humaine. Exposé aux éboulements, chutes et autres risques de noyade, le militaire devra apprendre à évoluer malgré « l’étroitesse de goulots où il faudra parfois ramper. Parfois, il se retrouvera dans une salle de dix à quinze mètres de haut », souligne le commandant Michel.

Le 2e REI a concentre son effort sur trois des quarante cavités répertoriées à ce jour. Ce sont des grottes « polluées » par les munitions tirées durant les 150 années d’activité du camp donc rendues impropres depuis des décennies à toute forme d’activité humaine ou animale. Pour autant, le nettoyage de ces espaces « fonctionne, car certains avens voient le retour de chauves-souris. Nous avons en quelque sorte ramené la vie ». Lancée il y a 18 mois, cette volonté de réappropriation des espaces souterrains a déjà permis le nettoyage complet de l’un d’entre eux. Ce travail sera finalisé en mars-avril 2022.
 
Entre-combat-souterrain-et-ferme-isole%C Derrière ce projet, la refonte des champs de tir, l’adaptation des zones de bivouac, la création d’un dépôt de munitions en transit ou encore, d’un atelier de campagne et d’un parking pour les troupes de manoeuvre
 

Un projet global pour durcir la préparation opérationnelle

La réhabilitation des grottes n’est que l’un des nombreux pans du « Projet garrigue 2030-2035 », un vaste plan d’amélioration et de densification des infrastructures techniques, d’hébergement et d’entraînement du camp. Cet horizon à 2035, c’est celui que s’est fixée l’armée de Terre pour se « durcir » et être en mesure de combattre un adversaire équivalent, voire supérieur. « Désormais, les armées doivent se préparer à l’hypothèse d’un engagement majeur », rappelle le commandant Michel. La préparation opérationnelle s’adapte en conséquence, et avec elle l’offre des camps d’entraînement.
 

Malgré ses 4900 hectares de terrain de jeu, le camp des Garrigues reste un espace d’entraînement de niveau 1. Il ne peut préparer et évaluer qu’une unité du niveau de la section, soit une cinquantaine de militaires. « Ce que l’on nous demande, c’est de pouvoir entraîner l’équivalent d’un sous-groupement tactique interarmes d’environ 300-350 soldats. Ce SGTIA, c’est l’unité de base que l’on retrouve en bande sahélo-saharienne et un peu partout en opération extérieure ».

D’ici la fin de la décennie, le camp des Garrigues devrait passer à l’échelon supérieur (niveau 2) pour devenir un site équivalent à celui du Valdahon ou de La Courtine. Un atout majeur pour les unités casernées à proximité, dont les 5000 militaires appartenant aux quatre régiments de l’armée de Terre présents dans le Gard*, mais aussi au-delà. S’il est géré par le 2e REI, le camp des Garrigues doit en effet être en mesure d’accueillir n’importe quelle unité issue des trois armées, des forces de sécurité intérieure ou de l’administration pénitentiaire.
 

Désenclaver la manœuvre, compléter l’offre

Seuls 20 à 30% du terrain permettent la manœuvre, le reste étant occupé par les gabarits de sécurité des champs de tir. La limite nord du camp s’avère par ailleurs impropre aux mouvements sous blindage en raison du relief, car délimitée par les gorges du Gardon. Il s’agira dès lors d’aménager de nouveaux axes de manœuvre est-ouest et de nouveaux points de franchissement des axes civils par les engins blindés. Le relief contraint la manœuvre, mais le 2e REI compte bien tirer partie de ses caractéristiques. Ainsi, plusieurs coupures verticales et humides façonnées par le passage du Gardon seront exploitées pour former au franchissement et complexifier les scénarios d’entraînement.
 

Côté infrastructures, le projet garrigue se traduit par la création d’une capacité d’hébergement et d’ordinaire pour plus de 200 personnes. L’extension et le rafraîchissement d’une partie du bâti existant sont inévitables. « Quand j’étais lieutenant à l’école d’application de l’infanterie, nous sommes venus ici en 1992-93. Je reconnais très bien ces bâtiments », déclarait le général Éric Ozanne, commandant la 6brigade légère blindée, vendredi dernier lors d’une visite ministérielle sur le camp.

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L’accueil d’un SGTIA nécessitera par ailleurs une refonte des 19 champs de tir disponibles et la construction d’une base opérationnelle avancée (FOB) capable d’accueillir 150 soldats. La zone AZUR, actuellement constituée d’un bâtiment d’instruction au combat en zone urbaine (BICUB), d’un village de combat et d’une zone souterraine – égouts, sera agrandie. Le 2e REI y créera une petite « ville détruite » par les combats.

Autre idée originale sur la table : l’acquisition de la ferme de Bannière à Saint-Jean du Gard, à environ 50 km au nord-ouest de Nîmes. Installée à la frontière entre le Gard et la Lozère, cette nouvelle implantation permettra « de donner une bouffée d’oxygène, notamment à nos jeunes chefs, pour qu’ils puissent vivre un peu en autonomie avec leur section », estime le commandant Michel.
 

Cet espace d’une quinzaine d’hectares, hors du camp mais néanmoins situé au cœur de sa zone d’influence, permettra ensuite aux militaires de « quitter le milieu très ‘connu et reconnu’ du camp d’entraînement » et d’évoluer en terrain libre, à proximité de la population civile.

 
Entre-combat-souterrain-et-ferme-isole%C Les gorges du Gardon, à l’origine de coupes verticales et humides que le 2e REI souhaite exploiter pour durcir la préparation opérationnelle (Crédits : 2e REI)

Concilier entraînement, urbanisme et environnement

Le 2e REI doit tenir compte de deux contraintes =
- d’une part, l’intégration dans le paysage urbain. Le camp des Garrigues est à moins de 6 km à vol d’oiseau des arènes de Nîmes. Il est également traversé par deux routes départementales. Impossible dès lors de ne pas tenir compte des évolutions urbanistiques locales, tel que le futur contournement nord de l’agglomération nîmoise attendu pour 2028 et dont le tracé longera le camp par le sud.
 

De passage à Nîmes vendredi dernier, la ministre des Armées a par ailleurs tenu à rappeler « que l’ensemble de ces travaux (…) ne se font pas au détriment de l’environnement ». Classé Natura 2000 depuis 2016, le camp s’est engagé dans la protection de plusieurs espèces rares, à l’image de l’aigle de Bonelli.

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- davantage enjeu que contrainte, la préservation de la biodiversité est dès lors au cœur des réflexions au vu de la multiplication à venir des activités de préparation opérationnelle. Cette question passe entre autres par la sanctuarisation de certaines zones, avec un intérêt parfois dual. La création de pâturages, par exemple, permet de confier temporairement l’ « entretien » aux troupeaux et d’ouvrir des espaces propices à la manœuvre.

À l’instar de la zone souterraine, l’ouverture d’axes de manœuvre nécessitera quant à lui une étape préalable de dépollution. Longtemps dédié à l’entraînement des unités d’artillerie, le camp des Garrigues est aujourd’hui truffé de munitions non explosées. « Nous en retrouvons entre 400 et 600 par an », explique le commandant Michel, une quantité infime par rapport aux volumes réels estimés.

 

Derrière les financements, la débrouille

Le volet financier de l’opération n’est pas encore chiffré mais sera certainement conséquent. Ce projet intervient en tout cas dans un contexte favorable. Chaque année, l’armée de Terre consacre plusieurs dizaines de millions d’euros à ses infrastructures de préparation opérationnelle. Les crédits consacrés augmenteront de 27% en 2022, l’effort portant principalement sur l’adaptation des espaces d’entraînement de niveaux 2 et 3.
 

« La richesse du soldat français, c’est son opiniâtreté et son esprit de débrouillardise », souligne le commandant Michel. Hormis ce coup de pouce, les légionnaires essaient en effet « de se démarquer en réalisant beaucoup de choses à moindre coût ».

L’exemple du combat en zone souterraine illustre à lui seul cette capacité à « faire beaucoup avec peu ». L’adaptation des grottes, par exemple, ne coûte que quelques milliers d’euros, le 2e REI ayant su tirer partie de partenariats établis avec des acteurs institutionnels, comme les mairies et l’Office national des forêts, ou privés, comme des entreprises ou des associations locales. Les légionnaires se sont ainsi rapprochés de l’association spéléologique nîmoise, « qui avait déjà recensé une partie des grottes », et du syndicat mixte des gorges du Gardon pour en déterminer l’intérêt écologique ou archéologique.
 

« C’est une fierté de savoir que vous faites sans cesse preuve d’inventivité pour concilier vos activités opérationnelles les plus exigeantes avec la préservation de la nature qui vous entoure », constatait la ministre des Armées Florence Parly lors de sa visite dans le Gard.

*Outre le 2e REI, il s’agit du 503e RT et de la majorité du 4e RMAT à Nîmes, ainsi que du 1er REG à Laudun-l’Ardoise.

Ya Rab Yeshua.

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