Ils sont environ 30.000 à quitter l’armée (terre, air, marine et gendarmerie) chaque année pour rejoindre la vie civile. Ce retour n’est pas toujours aisé, puisqu’il va falloir y trouver ses repères, s’y intégrer. C’est pourquoi, se pose le problème de la reconversion militaire qui, il faut le préciser, n’est pas le reclassement. Le reclassement signifie le fait de changer d’employeur en conservant sa qualification professionnelle.

La réorientation quant à elle fait référence au retour à la vie civile, une première expérience professionnelle acquise au sein de l’armée qui doit être valorisée à travers un nouveau métier, un nouvel emploi hors de l’infanterie. Il existe bien une vie pour le militaire après le départ de l’armée, ce que certaines entreprises ont compris, puisqu’elles recrutent les anciens militaires. Mais la question demeure : que peut faire un ancien militaire dans la vie civile ? Dans quels domaines les qualités du militaire sont-elles appréciées ?

 

L’impératif du changement de carrière

 

La reconversion militaire est une nécessité fondée par le nombre important de départs de l’armée enregistrés chaque année, la suppression des postes en 2014 et bien d’autres facteurs, comme la courte durée de la carrière militaire. En effet, chaque année, pour ce qui est du nombre de départs de l’armée, on compte pratiquement 35 000 personnes. Plus de 50 000 métiers militaire avaient été supprimés entre 2008 et 2015 et 24 000 entre 2015 et 2019, sur un effectif total de 280 000. Pour finir, on estime à 10 ans la durée moyenne de la carrière militaire.

Or, quitter l’armée, c’est retourner à la vie civile, et un changement de vie s’impose. Ce changement de vie, la loi du 24 mars 2005 portant statut général des militaires en a fait un droit. Voilà pourquoi, la réorientation fait partie intégrante de la carrière militaire. Maintenant, il reste à déterminer les métiers qui recrutent les anciens militaires. S’articulent-ils nécessairement autour des métiers militaire ?

 

Les domaines possibles de réorientation

 

Une étude réalisée par l’armée en 2014 fait état de ce qu’après leur départ de l’armée, 70% des militaires ont pu trouver un emploi, un an tout au plus après avoir quitté l’infanterie. C’est dire qu’il n’est pas si difficile pour un militaire d’avoir un emploi en dehors des métiers militaire et de s’adapter à la vie civile. Mais encore faut-il déterminer les filières de recrutement.

La sécurité

Les qualités du militaire sont recherchées dans le domaine de la sécurité, qui fait partie des filières de recrutement. Au regard de sa formation initiale et après son départ de l’armée, un ancien militaire peut sans grande peine devenir agent de sécurité, garde du corps, veilleur de nuit, maître-chien, convoyeur de fonds, entre autres, autant de métiers en rapport avec la spécialité militaire.

En tout cas, leurs compétences sont très sollicitées dans ces secteurs. La sécurité privée et la garde-rapprochée sont des domaines qui permettent de valoriser parfaitement l’expérience militaire. Agent de protection rapprochée ou agent de sécurité renforcé, les métiers à spécialité militaire qui peuvent être convenables sont nombreux.

Les services publics

Parmi les métiers qui recrutent après l’armée, il y a la fonction publique. L’ordonnance n°2019-2 du 4 janvier 2019, tout comme le décret d’application y relatif, promulgué le jour-même, mettent tous les deux en place un nouveau processus d’accès dérogatoire à la fonction publique pour les militaires et anciens militaires.

Il s’agit en fait d’une réforme de l’article L 4139-3, qui réservait cette dérogation spéciale seulement aux militaires blessés. Depuis le 1er janvier 2020, l’article L4139-2 reformé permet à tous les militaires en service ou pas, y compris ceux ayant été radiés de l’infanterie il y a moins de 3 ans, de faire acte de candidature à la fonction publique, à condition d’être éligible.

Ce texte stipule clairement qu’un ancien militaire peut occuper des « emplois vacants correspondants à ses qualifications au sein des Administrations de l’État, des collectivités territoriales, de la fonction publique hospitalière et des établissements publics à caractère administratif ». C’est dire qu’en dehors des métiers militaire, les qualités du militaire peuvent être exploitées à la fonction publique.

L’entrepreneuriat

L’entrepreneuriat constitue l’une des filières de recrutement après une carrière militaire. Pour certains, c’est le moyen de renoncer définitivement aux métiers militaire. Tout projet d’entreprise est encouragé et accompagné non seulement par Défense Mobilité, mais aussi par le Medef, l’un de ses principaux partenaires. Chaque année, Défense Mobilité aide entre 500 et 1000 anciens militaires à la création d’entreprise. Elle les conseille, oriente et aide à trouver des financements. Certains parmi eux créent des entreprises en rapport avec les métiers de l’armée. Tandis que d’autres optent pour des secteurs différents.

 

Les services d’aide à la reconversion

Embrasser une carrière professionnelle dans le monde civil après un début de carrière dans les forces armées requiert de connaître préalablement les services ou les différentes mesures d’accompagnement.

Défense Mobilité

C’est l’agence du ministère des armées en charge de la reconversion militaire. C’est donc l’une des voies obligatoires par laquelle il faudra passer pour développer une nouvelle expérience professionnelle. Seulement, les bénéficiaires doivent avoir eu au préalable au moins 4 années d’expérience professionnelle dans les métiers militaire. Sur son site, l’agence propose des offres d’emplois sur l’ensemble du territoire français pour d’anciens militaires. Elle permet aussi de bénéficier d’une année de congé de formation pour préparer son changement après une carrière militaire.

Pôle Emploi

Pôle Emploi est en partenariat avec l’agence du ministère des armées chargée de la reconversion militaire. Il assure le suivi de l’ancien militaire pendant 3 ans, le temps de son changement de métier. La validation d’expérience, la préparation aux concours publics de l’Administration et le suivi du projet de création d’entreprise constituent autant de mesures d’accompagnement de Pôle Emploi. Plus spécifiquement, dans le cadre de la création d’entreprise, un ancien militaire peut bénéficier d’une ARE, une aide dont peuvent aussi bénéficier leurs conjoints.

Les COR

Les COR sont les centres d’orientation de reconversion militaire, c’est-à-dire des entités territoriales de transition professionnelle. Ils sont présents aussi bien en France métropolitaine que dans les DOM-TOM.

Les métiers qui recrutent les militaires

En partenariat avec Défense Mobilité, l’agence en charge du changement de carrière militaire, Disneyland fait partie de l’une des principales filières de recrutement d’anciens militaires. Tous les ans, elle propose un peu plus de 8000 contrats saisonniers ou permanents dans les métiers hors-spectacle. Au-delà des qualités du militaire qui sont valorisées, c’est surtout son savoir-être qui est apprécié.

Les entreprises qui apprécient les qualités du militaire sont nombreuses (Air-France, la SNCF, Auchan, Areva, Sodexho, FM Logistic, etc). Elles sont d’ailleurs en partenariat avec l’agence du ministère des armées en charge de la réinsertion professionnelle, à savoir Défense Mobilité.

Toutefois, les principaux métiers qui recrutent après le départ de l’armée sont le transport et la logistique, les domaines techniques comme la maintenance industrielle, la maintenance des infrastructures, l’hôtellerie, etc. Le domaine du transport regroupe à lui seul 23% des profils, contre 10% pour le secteur technique.

 

Comment réussir son changement de carrière ?

 

Réussir sa reconversion militaire passe par l’appropriation des outils disponibles à cet effet et la saisie des opportunités offertes. Voici 4 conseils pour trouver un travail dans le civil après l’infanterie.

1 – Prendre contact avec Défense Mobilité

Un conseiller de l’Agence de la transition professionnelle vous sera dédié à cet effet. Les conditions diffèrent selon le statut du militaire.

  • Militaire ou officier de rang : l’un ou l’autre bénéficie de toutes les mesures d’accompagnement ;
  • Officier ou civil de catégorie A : il bénéficie d’un accompagnement de la Mission Reconversion des officiers.

Voir le site de Défense Mobilité : https://www.defense-mobilite.fr

2 – Se former à de nouvelles compétences

Outre une formation professionnelle, un contrat d’alternance, un ancien militaire peut bénéficier d’un stage au CMFP, le Centre militaire de formation professionnelle. Ici, 46 types de formation sont disponibles, ne nécessitant pas de prérequis. Les formations sans rapport avec les métiers de l’armée sont dispensées : bâtiment ; aéronautique ; industrie ; informatique ; logistique ; etc. Elles durent entre 6 et 11 mois.

 

3 – Profiter d’un congé de reconversion

Le congé de formation pour militaire en prélude à la transition professionnelle est de 2 types :

  • 20 jours ouvrés pour ceux ayant moins de 4 ans de service effectif dans l’infanterie ;
  • 120 jours ouvrés pour ceux qui cumulent plus de 4 ans de carrière militaire.

4 – Basculer dans la fonction publique

Les postes de la catégorie B et C de la fonction publique et même ceux de la catégorie A sont ouverts à tous les militaires, y compris ceux radiés (sauf pour motif disciplinaire). Les conditions de recrutement sont :

  • Un contrat de 5 ans d’ancienneté pour la catégorie B ;
  • 4 ans pour la catégorie C ;
  • 10 ans pour la catégorie A (uniquement pour les officiers) ;
  • Ou de 15 ans dont un contrat de 5 ans comme officier.

Le droit à la reconversion militaire est garanti par la loi du 24 mars 2005. Mais réussir sa réinsertion professionnelle après avoir quitté l’armée, au-delà des dispositifs mis en place, est d’abord une entreprise individuelle. Après tout, les métiers qui recrutent ne manquent pas. Les filières de recrutement sont nombreuses. Elles requièrent de chaque militaire quittant les métiers de l’armée de s’informer et se former pour trouver non pas seulement un nouvel emploi, mais celui qui valorise ses compétences anciennes et nouvelles.